dimanche 26 février 2012

Géologie du Sahara occidental et central

Auteurs : Jean Fabre
 Editeurs : Tervuren African Geosciences Collection
Nombres de page : 572



Le monument de Jean Fabre, ancien professeur de géologie à Alger, attire d’emblée l’attention dès la couverture, qui présente la reproduction d’une aquarelle de Russell Black, son ami de toujours et compagnon de combien d’aventures scientifiques et humaines en Afrique. Fidèle à sa mission de diffusion, donc de partage, de connaissances sur l’Afrique, c’est le Musée royal d’Afrique centrale (MRAC), installé à Tervuren (Belgique), qui a accepté d’éditer ce livre, avec le soutien de la Sonatrach. Très notable également, la collaboration rédactionnelle, sous l’égide de Jean Fabre, entre plusieurs institutions scientifiques de part et d’autre de la Méditerranée, universités d’Alger et d’Oran d’un côté, université de Montpellier et Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), de l’autre. À l’heure où médias, experts et élus rivalisent de surenchère autour du passé colonial de la France, ce livre, somme de connaissances d’expert, mais accessibles à tous, témoigne d’un partenariat ancré dans le meilleur d’un échange.

Passons maintenant au contenu. L’ouvrage est classiquement organisé en trois parties. La première est consacrée au Précambrien, la deuxième au Paléozoïque (1ère couverture de plate-forme), et la troisième au Méso-Cénozoïque (2ème couverture de plate-forme) qui inclut le magmatisme récent du Sahara algérien. L’originalité du texte est qu’il décrit la géologie d’un Phanérozoïque reposant sur un craton, stabilisé à la fin du Précambrien, à l’inverse du cas européen qui fut une zone mobile permanente, coincée aujourd’hui entre deux cratons.

La présentation du Précambrien, en collaboration étroite avec Louis Latouche, est faite selon l’ordre chronologique (Archéen, Protérozoïque inférieur, Protérozoïque supérieur), en distinguant les différents secteurs : dorsale Regueibat au Nord, là où se trouvent les gisements de fer de Mauritanie, dorsale de Guinée et boutonnières de part et d’autre du bassin de Taoudenni, dont la base, d’âge Protérozoïque supérieur, est constituée par une série à stromatolithes (étudiée par Jeannine Bertrand-Sarfati), le bouclier Touareg, enfin, qui offre un exemple majeur de chaîne panafricaine. Celle-ci est « enterrée » par le Précambrien terminal – Cambrien. L’état des connaissances présentées témoigne évidemment de leur avancement et reste hétérogène. On en sait, en effet, beaucoup plus sur le Panafricain (marge de la dorsale Regueibat, chaîne des Mauritanides, Hoggar, Adrar des Iforas, Aïr) que sur les terrains plus anciens.

Beaucoup de travaux ont également porté sur la 1ère couverture et notamment sur l’immense bassin de Taoudenni. On citera en particulier les travaux classiques de Théodore Monod ou ceux postérieurs de l’équipe de l’IFP animée par Serge Bœuf avec le géographe Pierre Rognon, très orientés vers les problèmes glaciaires. Dans cette partie, les différents chapitres suivent l’ordre chronologique, de l’Ordovicien au Permo-Carbonifère, avec une présentation par secteur.

La 3ème partie est l’occasion de faire le point des grandes transgressions du Crétacé et du problème du continental intercalaire. Au Cénozoïque, les dépôts marins sont clôturés par le Continental terminal et divers dépôts récents. Un long développement est consacré au Plio-Quaternaire, notamment aux dépôts salins spécifiques de la cuvette de Taoudenni. Un dernier chapitre porte sur le magmatisme récent du Sahara algérien.

Cet énorme travail de synthèse, dont Jean Fabre a assuré une très large part, se traduit par un ouvrage de référence majeure, qui s’apparente à un manuel. En effet, au lieu de présenter les différents sujets par des entrées thématiques (géologie, tectonique, géochimie, géophysique…), c’est la reconstitution géologique qui a primé, exercice, certes difficile, mais qui permet aujourd’hui à un large éventail de lecteurs (étudiants, enseignants, chercheurs, professionnels…) de bénéficier d’un seul coup d’une vision d’ensemble à la fois chronologique et régionalisée. Un petit regret, peut-être, que la géologie économique (hydrocarbures, métaux, matériaux, eau…), dispersée à travers l’ouvrage, ne donne pas lieu à un chapitre à part entière. Nul doute qu’un autre « bénédictin » motivé s’y consacrera un jour.

Gérard Sustrac



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